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Rapport annuel 2013-2014 de L’Hôpital d’Ottawa

Réparer un cœur brisé :
une cure de jeunesse pour les cellules souches

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Le 14 novembre 2013, après que sa femme est partie au travail, Langis LeBel a eu le mauvais pressentiment qu’il ne devait plus négliger ses symptômes : malaise, indigestion et douleur à la mâchoire, à l’épaule gauche et à la poitrine.

Sergent retraité de la Police provinciale de l’Ontario, il avait vu plusieurs personnes subir une crise cardiaque et s’était dit « Il faut que je fasse attention à moi! ».

À 60 ans, M. LeBel avait une artère bloquée sur le devant du cœur – un problème qui a fait bien des veuves. Dès son arrivée à l’hôpital, les médecins l’ont amené d’urgence au laboratoire de cathétérisme. Ils ont ouvert l’artère à l’aide d’un ballonnet et ont installé une endoprothèse (stent) en métal. Avant même de se rendre compte de ce qui se passait, M. LeBel se rétablissait déjà aux soins intensifs.

Il a été renversé lorsque son médecin lui a dit qu’il était très chanceux d’être en vie, car huit personnes sur dix ne survivent pas à une crise cardiaque aussi grave que la sienne.

Même s’il bat toujours, le cœur de M. LeBel a subi d’importants dommages qui l’ont à la fois gonflé et affaibli. Ce genre de dommages entraîne des complications permanentes et progressives pouvant causer une insuffisance cardiaque et, trop souvent, la mort prématurée. Le traitement actuel consiste à ouvrir l’artère bloquée le plus rapidement possible pour préserver le muscle cardiaque. Le médecin doit ensuite attendre de voir comment le cœur guérira et comment le corps s’adaptera à ce cœur qui peine maintenant à pomper le sang.

« Ça change une vie parce qu’il y a tant de choses qu’on ne peut plus faire après », confie M. LeBel.

Le Dr Duncan Stewart et son équipe veulent changer la donne. Ils ont lancé le premier essai clinique au monde d’un traitement révolutionnaire par cellules souches. L’idée est d’accroître la capacité du cœur de se réparer en implantant des cellules souches du patient génétiquement modifiées.

« En utilisant les cellules souches du patient, on élimine la possibilité que son corps les rejette », explique le Dr Stewart, PDG et directeur scientifique de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, vice-président de la Recherche à L’Hôpital d’Ottawa et professeur de médecine à l’Université d’Ottawa.

« Les cellules souches du patient ont toutefois une moins grande capacité de guérison parce qu’elles ont été exposées aux mêmes maladies et problèmes qui ont mené à la crise cardiaque. Pour rajeunir ces cellules, nous y insérons un petit code génétique qui les rend plus actives et plus efficaces pour réparer le cœur », ajoute le Dr Stewart.

C’est la première fois que des chercheurs utilisent des cellules souches génétiquement modifiées pour traiter une maladie cardiovasculaire. Avant d’entamer l’essai clinique, l’Institut de recherche de l’Hôpital a construit un laboratoire de fabrication de cellules unique au Canada. Ce laboratoire a été conçu spécifiquement pour réaliser des manipulations complexes, comme insérer un gène dans des cellules souches et préparer celles-ci à réintégrer le corps du patient.

Le temps revêt une importance capitale pour ce traitement expérimental. Il faut redonner les cellules au patient avant que les tissus cardiaques cicatrisent et durcissent, ce qui prend environ un mois. Les 100 participants à l’essai clinique seront donc traités entre 5 et 30 jours après leur crise cardiaque.

Les participants sont répartis aléatoirement dans l’un des trois groupes de l’essai. Certains recevront un placebo, d’autres leurs cellules telles quelles et d’autres leurs cellules génétiquement modifiées. M. LeBel était toujours à l’hôpital lorsqu’on lui a offert de participer à l’essai. Il a tout de suite sauté sur l’occasion, même s’il sait qu’il n’a que deux chances sur trois de recevoir ses cellules souches.

Le jeu en vaut définitivement la chandelle selon lui.

Il a aussi accepté de participer à l’essai pour d’autres raisons : « Je suis convaincu que c’est la chose à faire, ajoute-t-il. Autrement, la science ne pourra pas progresser. »

L’essai du Dr Stewart pourrait d’ailleurs marquer le début d’une nouvelle ère en médecine régénératrice.

« Si l’essai est concluant, poursuit le Dr Stewart, il pourrait permettre de concevoir des traitements par cellules souches génétiquement modifiées qui répareraient les dommages causés à d’autres organes essentiels, pas seulement au cœur. Il pourrait nous donner des moyens de traiter des maladies graves et dévastatrices actuellement incurables, comme l’insuffisance rénale, l’AVC et des maladies pulmonaires. »

Reconnaissant le potentiel de ce projet de recherche crucial, La Fondation de l’Hôpital d’Ottawa s’est engagée à amasser 15 M$ pour soutenir la médecine régénératrice et donner aux chercheurs le soutien et les outils dont ils ont besoin pour offrir des résultats prometteurs aux patients le plus rapidement possible.

Le Dr Stewart prévoit recruter tous les participants d’ici la fin de 2015.

Des soins de cancérologie précis et personnalisés :
nos gènes détiennent la clé

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On a longtemps nommé les cancers en fonction de la partie du corps d’où ils provenaient. Voilà pourquoi Paula Helmer a été sidérée d’apprendre que les tumeurs retirées des os de son cou étaient en fait un cancer du sein.

« Je n’avais aucune bosse aux seins, mais les médecins m’ont affirmé que c’est un cancer du sein qui s’est propagé aux os », déclare Mme Helmer.

À la suite de son diagnostic inhabituel, elle a reçu des soins personnalisés qui montrent les formidables avancées réalisées grâce à la médecine génétiquement personnalisée.

Le Dr Mark Clemons, oncologue médical de Mme Helmer au Centre de cancérologie de L’Hôpital d’Ottawa, fait partie d’une nouvelle génération de spécialistes qui optent pour un traitement conçu en fonction du profil moléculaire du cancer du patient au lieu de prescrire des médicaments selon la tumeur d’origine. En ciblant les défauts génétiques de la cellule tumorale, le Dr Clemons réussit à adapter le traitement au type de cancer du patient, ce qui en accroît l’efficacité. Ses recherches contribuent à améliorer les soins offerts aux patients atteints de cancer dans le monde entier.

Après une chirurgie et de la radiothérapie, Mme Helmer n’a pas emprunté le chemin habituel de la chimiothérapie. La chimiothérapie peut fonctionner pour certains patients, mais elle cause souvent des effets secondaires importants comme la nausée, la perte de cheveux et des dommages aux organes.

« Nous sommes maintenant de plus en plus capable de dire à nos patients “Je doute que la chimiothérapie vous soit utile. Nous avons un traitement beaucoup moins toxique pour vous” », explique le Dr Clemons, qui est aussi chercheur clinicien à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et professeur à l’Université d’Ottawa.

« Ces traitements personnalisés causent le moins d’effets secondaires et produisent les meilleurs résultats. Nous ne perdons pas de temps précieux à essayer des médicaments qui peuvent s’avérer inefficaces pour le patient. »

Dans le cas de Mme Helmer, le Dr Clemons a prescrit des tests moléculaires pouvant prédire quels médicaments ralentiraient ou non la progression de son cancer. Les tests ont fourni un profil détaillé des défauts génétiques stimulant le développement des cellules tumorales de Mme Helmer. Le Dr Clemons s’est ensuite servi de ces renseignements pour déterminer quels médicaments utiliser.

De cette façon, Mme Helmer a reçu des médicaments plus doux qui lui ont permis de vivre plus longtemps et d’avoir une meilleure qualité de vie, dépassant même ce que le Dr Clemons croyait possible. Plus de quatre ans après son diagnostic, Mme Helmer continue de voyager, de chanter dans une chorale et de profiter de bons moments avec son mari, ses enfants et ses petits-enfants.

« Je profite de la vie et je m’estime chanceuse chaque jour », s’exclame-t-elle.

Grâce à la médecine personnalisée, le Dr Clemons a réduit la fréquence et la dose des médicaments administrés à Mme Helmer sans compromettre l’efficacité du traitement.

Mme Helmer faisait partie d’une étude dirigée par le Dr Clemons. Les résultats de l’étude ont montré que chez les femmes qui ont une faible quantité d’un certain marqueur dans le sang, il peut être plus profitable de prendre un médicament moins fréquemment pour traiter un cancer du sein qui s’est propagé aux os.

En effet, le Dr Clemons et ses collaborateurs ont découvert qu’il est tout aussi efficace dans ces cas-là d’administrer le traitement moins souvent – tous les trois mois plutôt que chaque mois. Cette découverte présente deux autres avantages : moins d’effets secondaires pour la patiente et un coût moins élevé pour le système de santé. Cette découverte a déjà changé la façon dont les centres de cancérologie du monde entier traitent les femmes atteintes d’un cancer du sein avancé.

Cette approche personnalisée a aussi permis au Dr Clemons de prescrire à Mme Helmer différents médicaments au fil du temps, car les cellules cancéreuses ont continué d’évoluer et leur comportement s’est modifié. Ses recherches ont montré que les femmes atteintes d’un cancer du sein avancé ou récurrent peuvent tirer profit d’une nouvelle biopsie pour déterminer si l’on devrait ajuster le plan de traitement. La raison est que quatre femmes atteintes d’un cancer du sein récurrent sur dix ont des tumeurs dont le profil moléculaire diffère du profil de la tumeur d’origine.

Grâce à cette découverte, les oncologues considèrent maintenant qu’il est de rigueur de de vérifier le profil moléculaire d’un cancer du sein avant de donner de nouveau à la patiente le même traitement pour un cancer récurrent ou qui se propage.

La découverte du Dr Clemons rappelle à quel point le cancer est une maladie complexe et qu’il reste encore beaucoup à apprendre à ce sujet. C’est d’ailleurs ce qui incite Mme Helmer à participer à de nombreuses études du Dr Clemons.

« J’ai reçu d’excellents soins à l’hôpital et ma participation aux essais cliniques est un moyen de redonner à mon tour, déclare-t-elle. J’ai moi-même tiré avantage de la contribution des patientes qui ont fait l’effort de participer à ces études avant moi. Je veux faire tout mon possible pour faire avancer les recherches afin que d’autres personnes puissent en bénéficier. »

Reconnaissant l’énorme potentiel des traitements personnalisés en cancérologie, La Fondation de l’Hôpital d’Ottawa s’affaire actuellement à recueillir 3 M$ pour établir un laboratoire de diagnostic en oncologie moléculaire. Grâce à ce laboratoire, les résidants d’Ottawa obtiendrons rapidement les résultats de tests moléculaires de pointe.

Au-delà de l’hystérectomie :
De nouveaux traitements permettent aux femmes de reprendre une vie normale

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Rares sont les femmes qui n’ont jamais eu de problèmes menstruels. En fait, la plupart éprouvent de petits problèmes chaque mois. Chez certaines femmes, toutefois, la vie s’arrête littéralement durant cette période. C’est le cas de Natalie Reesal, qui souffrait d’un mal de ventre insoutenable et d’un saignement anormalement abondant pendant plusieurs semaines.

« J’avais tellement mal les deux premiers jours de mon cycle que je restais sur le plancher de la salle de bain, confie Natalie. C’était la seule façon de soulager la douleur. »

Natalie a reçu deux diagnostics : fibromes dans l’utérus (tumeurs non cancéreuses) et une forme grave d’endométriose où les tissus tapissant l’intérieur de son utérus se formaient à l’extérieur de son utérus.

Auparavant, le seul traitement disponible pour aider Natalie était une hystérectomie invasive. Il fallait enlever l’utérus et parfois aussi d’autres organes reproducteurs. La chirurgie était particulièrement dévastatrice pour les femmes en âge de procréer, car elle les privait de porter un jour des enfants. Natalie gardait néanmoins espoir de fonder une famille avec son conjoint, même si on l’avait avertie qu’elle aurait peu de chances d’y parvenir.

Le Dr Sony Singh estime qu’une femme ne devrait pas avoir à choisir entre la douleur et une chirurgie qui la rend stérile. « Les femmes attendent plus longtemps avant d’avoir des enfants. Celles qui ont de l’endométriose ou des fibromes préfèrent donc éviter l’hystérectomie. »

Le Dr Singh est directeur du Centre de santé pour les femmes Shirley-E.-Greenberg de L’Hôpital d’Ottawa et chercheur clinicien à l’Institut de recherche de l’Hôpital. Il est reconnu pour son expertise en chirurgie de l’endométriose, une maladie qui touche une femme sur dix. Son équipe traite également les saignements provoqués par des kystes non cancéreux, des lésions ou des fibromes, un trouble qui touche quatre femmes sur dix. Les travaux avant-gardistes du Dr Singh ont d’ailleurs incité des résidants d’Ottawa à donner 1 M$ pour soutenir son programme.

Le Dr Singh se spécialise dans les solutions de rechange à l’hystérectomie. La chirurgie mini-invasive, par exemple, permet d’enlever les tissus problématiques tout en préservant l’utérus. Il utilise aussi des techniques qui coupent l’apport sanguin pour rapetisser ou faire mourir ces tissus. Certaines patientes ont ainsi pu éviter complètement l’hystérectomie.

Ce sont ces techniques qui ont permis au Dr Singh de donner à Natalie une meilleure qualité de vie et la joie d’enfanter un bébé en parfaite santé. « Ma fille est un véritable miracle. Elle a apporté tellement de joie dans notre vie! »

La chirurgie mini-invasive permet aussi de récupérer beaucoup plus rapidement. Grâce au programme du Dr Singh, neuf femmes sur dix retournent chez elles en moins de 24 heures. Depuis les débuts du programme il y a près de dix ans, moins de femmes ont dû être hospitalisées à la suite d’une hystérectomie ce qui, au total, a éliminé l’équivalent de cinq ans d’hospitalisation.

Antonette Deza fait partie de ces femmes. Originaire des Philippines, Antonette était au Canada depuis quelques mois seulement lorsqu’elle a appris qu’une grosse tumeur bénigne, causée par l’endométriose, s’appuyait contre sa vessie.

Le Dr Singh a réalisé une laparoscopie pour aider Antonette. Il a fait de minuscules incisions – pas plus d’un centimètre – sur le ventre avant d’y insérer une caméra pour bien voir et traiter la tumeur. Quand Antonette s’est réveillée, le Dr Singh l’a informée qu’il avait réussi à enlever la tumeur sans toucher à l’utérus. « Je suis toujours jeune et je veux avoir des enfants. J’étais donc très contente du résultat », affirme Antonette.

Le Dr Singh voit beaucoup de femmes qui, comme Antonette, en sont à un stade avancé de la maladie, mais souffrent en silence parce qu’elles craignent que la « grande opération » ne soit leur seule option. Beaucoup d’entre elles vivent depuis peu au Canada ou appartiennent à une communauté culturelle mal desservie où les gens entretiennent des préjugés négatifs ou en savent très peu sur la santé du système reproducteur.

Accompagné d’une équipe multilingue de chirurgiens et de résidents, le Dr Singh traite bon nombre de femmes qui passeraient autrement entre les mailles du système. L’Hôpital d’Ottawa est seulement le deuxième centre canadien de formation en chirurgie gynécologique mini-invasive reconnu à l’échelle internationale. Il attire des chirurgiens de différentes cultures des quatre coins du pays.

« Au sein de notre équipe, nous avons des gens qui parlent anglais, français, cantonais, mandarin, farsi et pendjabi », précise le Dr Singh, qui est aussi professeur agrégé à l’Université d’Ottawa. « Nous formons non seulement la prochaine génération de spécialistes à utiliser des techniques de chirurgie ultra-perfectionnées, mais aussi des professionnels qui reflètent la diversité culturelle du pays. Ces spécialistes peuvent intervenir auprès des femmes de communautés mal desservies afin qu’elles cessent de souffrir en silence. Nous pouvons les aider à reprendre une vie normale. »

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