Réparer un système immunitaire déréglé :

Des chercheurs mettent à l’essai le tout premier traitement du choc septique par cellules souches

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Jim Graves s’attendait à se faire enlever la vésicule biliaire par chirurgie mini-invasive d’un jour. Or, deux jours après la chirurgie, la bile sécrétée par son foie a commencé à s’écouler dans son organisme, causant une dangereuse infection. Ses poumons se sont affaissés et on l’a placé sous respirateur.

Lorsqu’il est arrivé d’urgence à L’Hôpital d’Ottawa, son état était déjà désespéré. Des bactéries avaient envahi son sang, et son cœur, ses poumons et ses reins allaient bientôt cesser de fonctionner.

M. Graves faisait un choc septique, une avalanche de réactions immunitaires déclenchées par l’infection dans son sang. Son corps était aux prises avec une inflammation incontrôlable et une défaillance des organes, et il luttait pour sa vie aux soins intensifs.

« J’ai été dans le coma pendant 19 jours, déclare-t-il. J’ai perdu un mois de ma vie, ce qui était mystérieux pour moi. Au total, j’ai passé près de trois mois à l’hôpital. Tout mon corps a arrêté de fonctionner pendant ce temps. Je dois donc tout réapprendre, et même à marcher. »

«Je trouve inconcevable que les moyens de réduire la mortalité chez les patients qui subissent un choc septique soient si limités. On doit trouver de meilleures façons de les aider.»

–Dre Lauralyn McIntyre

M. Graves a été chanceux de survivre. Parmi les patients hospitalisés aux soins intensifs pour un choc septique, soit un patient sur cinq, près de la moitié meurent, ce qui fait de cette affection une des principales causes de décès chez les malades en phase critique dans les hôpitaux.

Lorsqu’ils traitent un patient qui a un choc septique, les médecins doivent reconnaître une infection invasive tôt pour pouvoir arrêter l’effet domino des dommages. Et c’est là que réside toute la difficulté. Un tel patient a besoin de mesures de réanimation agressives, de doses massives d’antibiotiques par intraveineuse et d’un respirateur.

Pourtant, comme le choc septique ressemble à prime abord à une affection moins grave et cause souvent des complications imprévisibles, il est souvent mortel.

« Malgré des décennies de recherche, les experts médicaux ont fait peu de progrès dans le développement de nouveaux traitements contre le choc septique », soutient la Dre Lauralyn McIntyre, médecin de soins critiques et chercheuse à L’Hôpital d’Ottawa.

La Dre McIntyre et ses collaborateurs à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa mettent à l’essai un traitement expérimental du choc septique par cellules souches, une première mondiale.

Ce traitement consiste à injecter chez le patient des cellules souches qui ont été données, puis cultivées et purifiées dans un laboratoire de l’Hôpital. Ces cellules souches peuvent calmer la réaction immunitaire hyperactive du corps et réduire la cascade d’inflammations qui conduit à la défaillance des organes.

« Ce qui est bien avec les cellules souches, c’est qu’elles peuvent réduire l’inflammation de différentes façons, explique la Dre McIntyre. Au lieu de s’attaquer à une seule voie, elles semblent toucher de nombreuses voies inflammatoires différentes. Ces cellules semblent rétablir l’équilibre naturel du système immunitaire. Elles semblent réduire les défaillances d’organes et le nombre de décès. »

Les cellules souches peuvent se transformer en une variété de cellules et de tissus spécialisés qui ont le potentiel de réparer et de régénérer les organes endommagés.

Les premiers résultats d’études menées sur des animaux laissent également entrevoir la possibilité que des cellules souches dérivées de la moelle osseuse de donneurs en santé puissent éliminer les bactéries qui causent le choc septique. Cependant, l’incidence sur l’être humain demeure inconnue. C’est là-dessus que se concentre l’essai clinique de la Dre McIntyre, qui débutera par une évaluation sécuritaire d’une quinzaine de patients.

«Il a fallu beaucoup de temps avant que je retrouve mes forces, mais je suis heureux d’être en vie et je suis reconnaissant pour les excellents soins que j’ai reçus...»

–Jim Graves

Même si, théoriquement, il est possible d’utiliser les cellules souches d’un patient pour réparer ses tissus endommagés, le choc septique est une maladie tellement rapide et fulgurante qu’on ne dispose pas d’assez de temps pour recueillir les cellules d’une personne infectée.

La Dre McIntyre souligne que ce sont ses collègues de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, dont certains sont des chefs de file dans le domaine des cellules souches, qui ont pensé à ce traitement expérimental. « Les personnes avec qui je travaille sont résolues à répondre aux grandes questions qui pourraient aider nos patients, mais elles se soucient également de mener des recherches solides. »

Comme c’est le cas pour toute recherche, rien ne garantit que la longue période d’essai aboutira à un traitement bénéfique pour les patients. La Dre McIntyre demeure néanmoins optimiste. « C’est la nature des découvertes médicales. Je crois passionnément que nous devons repousser les limites et chercher de nouvelles façons d’aider les patients », déclare-t-elle.

« Je trouve inconcevable que les moyens de réduire la mortalité chez les patients qui subissent un choc septique soient si limités. On doit trouver de meilleures façons de les aider. »

Jim Graves entreprend enfin son long processus de rétablissement. Avec sa femme Frances à ses côtés, il réapprend à marcher.

« Il a fallu beaucoup de temps avant que je retrouve mes forces, mais je suis heureux d’être en vie et je suis reconnaissant pour les excellents soins que j’ai reçus, fait-il remarquer. Je ne souhaite de choc septique à personne, alors j’espère que l’étude des chercheurs de l’Hôpital sera fructueuse. »

La recherche pour demain : Reconstruire un cœur endommagé

Survivre à une crise cardiaque est déjà un exploit. Réparer un cœur endommagé après une crise cardiaque serait une avancée extraordinaire. Or, le Dr Duncan Stewart, président-directeur général de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, dirige le premier essai clinique au monde d’un traitement par cellules souches génétiquement modifiées destiné aux survivants d’une crise cardiaque.

Dans une étude intermédiaire portant sur une centaine de volontaires, le Dr Stewart et son équipe évaluent la capacité des cellules souches d’un patient, provenant de son sang, à réparer le tissu endommagé à la suite d’une crise cardiaque. La clé consiste à modifier génétiquement les cellules souches pour leur donner un pouvoir de guérison extra-fort. Des études antérieures ont démontré que même si le cœur peut générer de nouvelles cellules musculaires, cette capacité diminue avec l’âge, particulièrement chez les personnes ayant subi une crise cardiaque.

« Les cellules souches provenant de survivants d’une crise cardiaque âgés de 60 ou 70 ans n’ont pas la même vigueur que les cellules d’adultes jeunes et en santé, souligne le Dr Stewart. Notre stratégie consiste à rajeunir et à rétablir l’activité de ces cellules souches vieillissantes. Nous avons démontré que ces cellules souches “rajeunies” sont plus en mesure de stimuler la réparation et peuvent réduire le tissu cicatriciel, qui empêche le cœur de pomper le sang efficacement. »

Diagnostic rapide, angoisse calmée :

Grâce à un programme novateur, les femmes les plus à risque d’avoir un cancer du sein obtiennent leurs résultats plus rapidement

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Lorsqu’une mammographie révèle une masse suspecte, les femmes se retrouvent souvent dans un état d’incertitude et d’angoisse indescriptibles. Il peut être aussi stressant d’attendre pendant des mois les résultats d’une biopsie du sein que de recevoir un diagnostic de cancer.

La Dre Angel Arnaout, chirurgienne oncologue à L’Hôpital d’Ottawa, craint que le stress et l’angoisse de l’attente ne rendent la vie encore plus difficile pour les patientes et leur famille.

Elle croit que les femmes de l’Est ontarien méritent mieux.

Depuis deux ans, elle et ses collaborateurs au Centre de santé du sein de la femme travaillent sans relâche en vue de diminuer le temps d’attente avant le diagnostic et la chirurgie pour les patientes les plus à risque d’avoir un cancer du sein.

Le programme de diagnostic et de traitement rapides que la Dre Arnaout a établi a contribué à réduire le temps d’attente à toutes les étapes du processus long et complexe qui sépare le diagnostic de la chirurgie.

Des 700 femmes traitées au Centre chaque année, 200 présentent le genre de mammographie anormale qui leur donne un risque de cancer d’au moins 90 %. « Ce sont ces femmes qui ont le besoin le plus urgent d’un diagnostic et d’un traitement accélérés », affirme la Dre Arnaout.

Des 14 centres de cancérologie de l’Ontario, L’Hôpital d’Ottawa fournit l’évaluation et le diagnostic les plus rapides pour toutes les femmes ayant une mammographie anormale. Grâce au programme accéléré de la Dre Arnaout, les patientes les plus à risque reçoivent un diagnostic et sont traitées encore plus rapidement.

L’accès plus rapide aux soins commence par une attente plus courte d’un diagnostic, qui demande maintenant en moyenne sept jours ouvrables, une baisse spectaculaire par rapport au délai de 52 jours enregistré en 2011. La durée de la deuxième attente, entre le diagnostic et la rencontre initiale avec un chirurgien, est passée de 16 à 5 jours en moyenne. Enfin, l’attente pour une chirurgie est maintenant de 24 jours, comparativement à la moyenne précédente de 31 jours.

«Grâce aux soins accélérés, on ne m’a pas oubliée, souligne Mme Crosthwait. Le cancer fait maintenant partie de ma vie. C’est la réalité de bien des femmes. Alors si nous pouvons trouver le moyen le plus sûr, le plus rapide et le plus efficace d’y faire face et de le traiter, je suis tout à fait d’accord.»

–Cathy Crosthwait

De tous les délais, le plus angoissant pour la majorité des femmes est probablement l’attente d’un diagnostic, qui peut atteindre trois mois. Si ce délai est si long, c’est que chaque femme dont la mammographie est anormale doit passer une multitude de tests pour obtenir un résultat de biopsie.

Chaque étape, de la scintigraphie diagnostique à la pathologie en passant par la biopsie, comporte inévitablement sa propre liste d’attente, ce qui n’a jamais fait l’objet d’un suivi. C’est seulement après que tous ces tests ont été faits que les patientes reçoivent finalement un diagnostic, puis un rendez-vous avec un chirurgien pour examiner les choix de traitement.

Ce long processus, qui semble souvent désorganisé, n’est pas toujours efficace et contribue à allonger les temps d’attente. Qui plus est, les femmes peuvent également se sentir perdues et négligées.

« Pendant tout ce temps, une personne attend, reçoit un appel pour passer un autre examen, sans savoir ce qui se passe. Pendant tout ce temps, elle s’imagine qu’elle va mourir d’un cancer du sein, explique la Dre Arnaout. C’est inacceptable. Je veux changer les processus pour soulager l’angoisse des patientes qui attendent leur diagnostic. »

Cathy Crosthwait a été dirigée vers le programme de diagnostic et de traitement rapides, et a reçu son diagnostic de cancer du sein en une semaine. Elle a également bénéficié d’un accès accéléré à la chirurgie après avoir rencontré la Dre Arnaout, sa chirurgienne.

« Grâce aux soins accélérés, on ne m’a pas oubliée, souligne Mme Crosthwait. Le cancer fait maintenant partie de ma vie. C’est la réalité de bien des femmes. Alors si nous pouvons trouver le moyen le plus sûr, le plus rapide et le plus efficace d’y faire face et de le traiter, je suis tout à fait d’accord. »

La Dre Arnaout et ses collaborateurs se sont attaqués aux longs temps d’attente en trouvant un moyen de prioriser les rendez-vous à chaque étape du processus de diagnostic. « Avant, nous ne faisions jamais le triage des tests diagnostiques, raconte-t-elle. Maintenant, nous plaçons les femmes les plus à risque au haut de la liste. »

On a également confié à une infirmière la tâche d’aider les patientes à parcourir le système afin d’en améliorer l’efficacité. Cette infirmière s’assure que les patientes à risque élevé obtiennent les premiers rendez-vous disponibles et les résultats de pathologie le plus rapidement possible. Elle est également responsable d’une ligne d’information téléphonique où elle répond aux questions des patientes et leur donne des renseignements sur ce à quoi elles doivent s’attendre à chacun de leurs rendez-vous.

Grâce au counseling, les femmes sont informées et préparées lorsqu’elles rencontrent finalement leur chirurgien, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de prévoir autant de rendez-vous de suivi supplémentaires.

Ensemble, ces interventions d’une simplicité désarmante peuvent raccourcir de plusieurs semaines le processus de diagnostic. « Nous avons constaté qu’en réduisant légèrement le temps d’attente à chaque étape, le temps d’attente global s’en trouve réduit de façon spectaculaire », souligne la Dre Arnaout.

Mme Crosthwait, mère de trois enfants adultes, a déclaré que ce diagnostic rapide lui avait donné, à elle et à sa famille, un sentiment de confiance par rapport au système de santé. La rapidité du processus lui a aussi permis de continuer à vivre normalement.

« Dans notre famille, il y a des antécédents de cancer du sein, alors quand j’ai reçu le diagnostic, ça n’a pas été un choc pour moi, affirme-t-elle. Le principal avantage, c’est que je sais à quoi m’en tenir, ce qui atténue le niveau d’angoisse. Et je peux commencer à faire autre chose avant la chirurgie, comme passer du temps avec mes enfants et mon petit-enfant. La vie continue malgré les événements malheureux. Il faut profiter de ce qu’elle vous offre et aller de l’avant. »

Recherche pour demain : Un anticoagulant peut-il aussi combattre le cancer?

Pendant les quelques semaines qui précèdent et suivent une chirurgie, le patient peut avoir l’impression d’être dans un vide médical. Habituellement, il ne reçoit aucun traitement qui pourrait compromettre sa capacité de guérir.

De plus en plus de chercheurs croient toutefois que cette période sans traitement pourrait servir à tester de nouvelles thérapies contre le cancer. La Dre Rebecca Auer, chirurgienne oncologue à L’Hôpital d’Ottawa, met à l’essai des traitements qui pourraient stimuler le système immunitaire d’un patient lorsqu’il est affaibli et que le cancer peut se développer et se propager.

« La période qui entoure la chirurgie représente une occasion en or d’intervenir et pourtant, on ne fait rien », fait valoir la Dre Auer, qui est aussi scientifique à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa. « Je pense qu’il est vraiment important de mettre à l’essai de nouvelles thérapies contre le cancer pendant la période périopératoire. »

La Dre Auer et le Dr Marc Carrier, hématologue, ont entrepris de tester les effets, sur les tumeurs, de l’héparine de faible masse moléculaire, qui est utilisée depuis longtemps pour éclaircir le sang afin de prévenir et de traiter les caillots. Dans des études faites sur des animaux, l’héparine a montré des signes encourageants pour prévenir la propagation des tumeurs en rétablissant l’équilibre des mécanismes de cicatrisation des plaies, qui sont souvent attaquées par les cellules cancéreuses, donnant lieu à des métastases.

L’étude, à laquelle participeront jusqu’à 1 000 patients atteints d’un cancer du côlon de partout au Canada, testera l’efficacité de l’héparine administrée à titre préventif dans les semaines précédant et suivant une chirurgie pour un cancer.

Mamans en santé, bébés en santé :

Une clinique unique en son genre transforme la vie d’adolescentes enceintes

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À l’âge où la plupart des jeunes filles se préparent pour leur bal des finissants ou s’apprêtent à recevoir leur permis de conduire, Adysan Vincent, elle, est sur le point d’accoucher.

Adysan, 16 ans, a appris qu’elle était enceinte le jour où elle devait se faire enlever les amygdales. Un test de grossesse préopératoire positif l’a surprise, de même que sa mère. Le père de l’enfant était lui aussi sous le choc.

À la Maison Sainte-Marie, Adysan a rencontré la Dre Nathalie Fleming, obstétricienne et gynécologue à L’Hôpital d’Ottawa.

La Dre Fleming dirige une clinique périnatale à la Maison Sainte-Marie, la seule du genre au Canada qui se trouve non pas dans un hôpital, mais dans un endroit où les adolescentes qui ont déjà un enfant et les futures mamans peuvent se réunir. En fait, la clinique de la Dre Fleming est un petit satellite de L’Hôpital d’Ottawa transplanté dans le quartier de Vanier, où se trouve la Maison Sainte-Marie.

La clinique de la Dre Fleming est la seule de ce genre au Canada.

« J’ignorais alors que j’étais déjà enceinte de deux mois, admet Adysan. Il m’a fallu trois mois de plus pour décider de garder le bébé. »

Des 42 000 adolescentes canadiennes qui deviennent enceintes chaque année, Adysan se place dans les 40 % qui choisissent de mener leur grossesse à terme.

Suivant les conseils d’une amie, elle a commencé à suivre des cours prénataux au Centre de ressources pour jeunes parents de la Maison Sainte-Marie, un refuge pour les adolescentes enceintes ainsi que pour les mères adolescentes et leurs nouveau-nés. Le Centre offre toutes sortes de services combinés sous un même toit, y compris des cours d’éducation parentale, une classe satellite de niveau secondaire et une résidence pour les adolescentes enceintes sans-abri qui ont besoin d’un endroit sûr où habiter.

«Nous n’attendons pas qu’elles viennent à nous. En fait, nous leur apportons des soins médicaux.»

–Dre Nathalie Fleming

La clinique est située à un endroit facile d’accès où les adolescentes se sentent à l’aise. Adysan suit des cours à la Maison Sainte-Marie, dispensés par l’Ottawa Catholic School Board, et elle n’a à faire que quelques pas pour se rendre à ses rendez-vous avec la Dre Fleming.

« Je n’ai pas à m’asseoir dans une salle d’attente, dit Adysan. J’ai seulement à leur dire de venir me chercher. Je peux donc rester en classe et faire mon travail en attendant. »

Il a suffi à la Dre Fleming d’ouvrir sa clinique dans un centre convivial pour les adolescentes pour gagner la confiance et la loyauté de ses patientes, qui la voient tôt et souvent, en particulier pendant les premiers mois cruciaux de la grossesse.

En comparaison, les adolescentes enceintes qui doivent se déplacer pour se rendre à l’hôpital ou chez un médecin tardent souvent à recevoir des soins prénataux.

Lorsqu’elles voient un médecin, beaucoup en sont déjà à la fin du deuxième ou au troisième trimestre. Les jeunes filles et leur futur enfant risquent donc davantage de subir de graves complications.

Les risques pour la santé peuvent rapidement s’accroître puisque beaucoup de ces jeunes filles enceintes sont aux prises avec des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale, vivent dans la violence ou la pauvreté, sont sans-abri ou viennent de familles instables.

« Nous n’attendons pas qu’elles viennent à nous. En fait, nous leur apportons des soins médicaux », fait remarquer la Dre Fleming.

«Les mères sont en meilleure santé et elles ont des enfants en meilleure santé à la naissance, plutôt que des enfants qui doivent être gardés aux soins intensifs néonataux pendant une longue période.»

–Nancy MacNider

« Il est très difficile de s’occuper de cette population à partir d’un cabinet de médecin ou d’une clinique dans un hôpital. Beaucoup de ces femmes ne peuvent pas ou ne veulent pas venir. Certaines n’ont pas d’argent pour prendre l’autobus. Elles n’ont peut-être pas de médecin de famille. Elles peuvent avoir honte d’aller voir un médecin. Il est possible qu’elles cachent leur grossesse. Il se peut aussi qu’elles découvrent très tard qu’elles sont enceintes. Elles cherchent de l’aide, mais elles se sentent jugées par la société. »

Adysan se souvient de la honte qu’elle a ressentie lorsqu’elle s’est présentée pour la première fois au cabinet d’un autre médecin pour une consultation prénatale.

« En entrant, j’ai vu que j’étais la plus jeune personne enceinte. Tout le monde me regardait. Je me sentais mal à l’aise », déclare-t-elle, un après-midi à la Maison Sainte-Marie. « Ici, je me sens pas jugée. La Dre Fleming prend le temps d’écouter nos problèmes. C’est une personne à qui on peut parler. »

Depuis l’ouverture de la clinique en 2006, la Dre Fleming a pu montrer qu’en offrant des soins prénataux là où des adolescentes enceintes se rassemblent, on peut réellement améliorer la santé des jeunes mères et de leurs nouveau-nés.

En comparaison avec les adolescentes qui reçoivent leurs soins prénataux et post-partum dans des cliniques d’hôpital ou dans des cabinets de médecin, le taux d’accouchements prématurés est moins élevé chez les patientes de la clinique de la Dre Fleming. Le taux de césariennes est aussi plus bas. Qui plus est, les filles ont tendance à donner naissance à des bébés qui ont un poids supérieur à la naissance, comme le démontre une étude que la Dre Fleming a publiée récemment.

« L’ouverture de la clinique de Nathalie a eu des effets remarquables », s’enthousiasme Nancy MacNider, directrice générale de la Maison Sainte-Marie. « Les mères sont en meilleure santé et elles ont des enfants en meilleure santé à la naissance, plutôt que des enfants qui doivent être gardés aux soins intensifs néonataux pendant une longue période. »

Mme MacNider souligne la vision et le dévouement de la Dre Fleming. « C’est son énergie, son enthousiasme et sa volonté de prendre des risques qui ont donné vie à cette clinique. Ce sont des soins de santé de première qualité fournis par une spécialiste qui, en se fondant sur sa propre philosophie des soins, donne ce qu’il y a de mieux à un groupe de jeunes filles très marginalisées. »

La Dre Fleming, mère de deux jeunes pré-adolescentes, soutient que beaucoup de ses jeunes patientes sont une source d’inspiration pour elle.

« J’ai vu tellement de réussites ici à la clinique. C’est formidable de voir certaines de ces adolescentes, qui vivaient dans la rue et consommaient toutes sortes de drogues, se transformer en jeunes femmes et se présenter à la Maison Sainte-Marie, entrer dans le système médical et transformer leur vie. »

Adysan est l’une de ces jeunes femmes. Elle avait abandonné ses études secondaires, mais quand elle a appris qu’elle était enceinte, elle a décidé de les reprendre. À la Maison Sainte-Marie, elle suit des cours de 10e année fournis par l’école secondaire Immaculata. De plus, elle a arrêté de fumer, mange moins de malbouffe et a commencé à faire de l’exercice.

« Ce qui compte, ce n’est plus seulement moi, c’est mon bébé, déclare-t-elle. J’ai décidé de retourner à l’école parce que je me suis rendue compte que je serais incapable d’élever un enfant sans éducation. Je sais que ce sera difficile, mais je garde le bébé surtout parce que je sais que j’ai tout le réseau de soutien dont j’ai besoin. »